Le patron d'OpenAI Sam Altman (à gauche) et le président américain Donald Trump au sommet du G7 à Evian, le 17 juin 2026
L'administration Trump a levé mardi l'ensemble des restrictions pesant sur les deux modèles d'intelligence artificielle (IA) les plus puissants d'Anthropic, confirmant la reprise en main de Washington sur les activités de ce secteur stratégique, au nom de la sécurité nationale.
"Nous avons reçu la notification que le ministère du Commerce a levé les contrôles d'exportation sur Claude Fable 5 et Mythos 5", a annoncé Anthropic sur X, précisant "commencer à rétablir l'accès" dès mercredi.
Selon une lettre du ministre du Commerce Howard Lutnick rendue publique, la méga start-up de San Francisco s'est engagée à "détecter et traiter de façon proactive les risques de sécurité", à "travailler avec diligence avec le gouvernement américain sur les protocoles, normes et sorties de Mythos, Fable et de ses futurs modèles", et à l'informer de "toute activité malveillante".
Le gouvernement, précise le courrier, se réserve le droit de rétablir les restrictions si l'entreprise n'honore pas ces engagements.
Le 12 juin, Washington avait brutalement contraint Anthropic à couper l'accès à ces deux modèles de pointe, invoquant la sécurité nationale après la détection de failles susceptibles de faire tomber toute la puissance de ces outils entre de mauvaises mains.
Mardi, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a comparé les capacités des IA les plus avancées à des "armes nucléaires numériques", lors d'une rare prise de parole publique à Washington.
Ce retrait forcé par le gouvernement, une première, avait suscité de vives critiques internationales, ravivant les débats sur la souveraineté numérique dans les pays dépendants des technologies américaines.
Anthropic, qui entretient des relations orageuses avec l'administration Trump depuis des mois, avait obtenu vendredi une première avancée avec le déblocage de Mythos 5 pour une poignée de "cyberdéfenseurs et opérateurs d'infrastructures", mais uniquement américains.
Ses partenaires étrangers, notamment des agences étatiques de cybersécurité en Europe et en Asie, en restaient privés. Mardi, Anthropic a dit continuer à négocier avec le gouvernement sur ce point.
La décision de mardi permet aussi le retour en ligne mondial de Fable 5, la version grand public de Mythos, bridée sur la cybersécurité et les risques d'attaque biologique et chimique.
- Cadre "volontaire" -
Anthropic, dans un post de blog mardi soir, a dit aussi travailler avec Amazon, Microsoft et Google à un référentiel commun pour noter la gravité des failles de sécurité de l'IA, préfigurant une forme d'autorégulation du secteur avant que l'Etat n'impose la sienne.
Car l'affaire illustre le virage pris depuis plusieurs mois par l'administration Trump. Début juin, un décret avait fixé la possibilité d'un examen fédéral des modèles d'IA avancés avant leur commercialisation, assurant qu'il ne s'agissait pas de créer un régime de licence ou de permis gouvernemental.
C'est pourtant ce qui se dessine dans les faits, un mois plus tard: outre le blocage puis déblocage conditionnel d'Anthropic, son rival OpenAI a accepté de lancer vendredi son dernier modèle, GPT-5.6, en accès limité, avec une validation du gouvernement client par client.
"Ce n'est pas exactement le processus que nous jugeons optimal", avait commenté le patron d'OpenAI, Sam Altman, tout en jugeant que l'exécutif "fait globalement du bon travail dans une situation très difficile".
La cheffe de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles, a de son côté salué sur X une coopération entre pouvoirs publics et entreprises technologiques "jamais vue" jusqu'ici, les Etats-Unis étant, selon elle, "l'incontestable vainqueur" de la course mondiale à l'IA.
Détaillant dans son blog toutes les modifications et étapes de régulation qu'il a accepté de suivre malgré l'absence de cadre légal précis, Anthropic réclame que ces règles soient "codifiées dans une régulation forte et appliquée également à tous les développeurs de modèles de pointe".
Pour nombre d'observateurs, l'évolution de Washington est susceptible de favoriser les modèles ouverts et peu coûteux, comme le chinois DeepSeek, plus attractifs pour des clients soucieux d'éviter toute dépendance à Washington.
Engagés dans une course sans précédent, les géants de la tech américaine engloutissent des sommes colossales dans la construction de centres de données et le développement des modèles d'IA, sans avoir encore prouvé la rentabilité de leurs outils.
Valorisée près de mille milliards de dollars après cinq ans d'existence, Anthropic a déposé en juin son projet d'introduction en Bourse, tout comme OpenAI.