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Daniel Molitor du Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) devant l'Institut Vini-Viticole (IVV) à Remich.

Outre le sol et l’emplacement, le climat joue un rôle important dans le développement de la vigne et la qualité du vin. Au cours des dix dernières années, les périodes de sécheresse ont été plus nombreuses et plus longues, comme cela a été le cas cet été. Et le mois de juillet 2022 a été le mois le plus ensoleillé jamais observé depuis le début des relevés au Luxembourg en 1947, avec 377 heures d’ensoleillement.

Cette situation a-t-elle une influence positive sur le millésime 2022 ? Et comment s’annonce l’avenir de la viticulture au Luxembourg ? N’y aura-t-il bientôt plus de Riesling sec de la Moselle luxembourgeoise ? Sera-t-il remplacé par du bon vin rouge ? Et boirons-nous du Rivaner de l’Oesling ?

Nous nous sommes entretenus avec Daniel Molitor du Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST). En étroite collaboration avec l’Institut Viti‑Vinicole (IVV) de Remich et en se fondant sur des études de terrain menées sur de petites surfaces, les chercheurs examinent comment la viticulture luxembourgeoise pourrait s’adapter au changement climatique à court et à long terme.

Daniel Molitor, la semaine dernière, les premières vendanges ont débuté au Luxembourg – plus tôt que jamais auparavant. Pourquoi avoir commencé si tôt ? Y a-t-il un lien avec la chaleur et la sécheresse que nous avons connues cet été ?

La cause réside moins dans les pics de chaleur extrême ou la sécheresse que dans la somme des quantités de chaleur que les raisins ont reçues globalement pendant leurs différents stades de développement.

La phénologie de la vigne (= développement de la vigne au cours de l’année, note de la rédaction) est influencée par les températures. Les températures élevées tout au long de la saison végétative 2022 ont fait que les raisins ont atteint leur maturité de récolte bien plus tôt par rapport à la moyenne des années précédentes.

La saison végétative est la période de l'année pendant laquelle une plante pousse, fleurit et développe des fruits.

Si l’on avait attendu encore davantage avant de vendanger, certaines variétés auraient manqué d’acidité et la densité du moût aurait surtout été trop élevée. La densité du moût décrit la densité du jus de raisin pressé, c'est-à-dire la masse que contient le jus par rapport à son volume. La masse est déterminée par toutes les substances dissoutes dans le jus de raisin, dont le composant principal est le sucre. Si le jus de raisin contient trop de sucre, la teneur en alcool du vin (s’il est vinifié sec) augmente, ce qui lui fait perdre cette légèreté typique que présentent les vins de la Moselle luxembourgeoise.  

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Comment mesure-t-on et exprime-t-on la maturité des raisins ?

Pour déterminer la maturité des raisins, 20 à 30 baies sont prélevées sur les vignes à échantillonner et le jus en est pressé. La teneur en sucre du jus est ensuite mesurée à l’aide d’un appareil appelé réfractomètre. Ce dernier ressemble à un monoculaire et contient un prisme.  Plus le jus de raisin est sucré, plus la lumière est réfractée. La valeur analysée s’affiche en degrés Oechsle (°Oe). La teneur en sucre fournit donc des indications sur le degré de maturité.

De quoi les raisins ont-ils besoin pour mûrir ?

Ils ont surtout besoin de lumière du soleil et de chaleur, mais il leur faut aussi de l’eau pour pouvoir mûrir. En effet, l’eau est nécessaire à la photosynthèse, le processus à l’aide duquel la plante fabrique du sucre. Le moment où les raisins sont mûrs pour être récoltés dépend de plusieurs facteurs.  Selon la variété et le type de vin que l’on souhaite produire (par exemple, du vin sec ou moelleux), le raisin présente un bon équilibre entre acidité résiduelle et teneur en sucre.

Figure 1 : La maturité du raisin 2022. Les mesures ont été effectuées dans les vignobles expérimentaux de l'IVV à Remich. La densité du moût, qui reflète la teneur en sucre (°Oe = Oechsle), le pH et l’acidité ont été mesurés.  Source : IVV

Les raisins ont-ils déjà pu développer les arômes nécessaires ? Et la chaleur et la sécheresse ont-elles une influence sur la qualité et le rendement ?

Le manque d’eau peut en effet engendrer un tableau aromatique incomplet. L’absence de pluie pendant les mois d’été pourrait donc avoir une influence négative. Mais dans les endroits où une quantité suffisante d’eau était disponible pour les vignes, les raisins ont atteint une grande maturité, ce qui est important pour obtenir un bon vin. C’est souvent le cas dans les vignobles plus anciens ou dans les zones où l’irrigation a permis de lutter contre le stress hydrique. Il ne faut pas nécessairement s’attendre à des rendements plus faibles dans ce cas,  entre autres parce qu’en raison des faibles précipitations et de la quasi-absence de rosée, il n’y a pratiquement pas eu de problèmes d’attaques de champignons – l’une des principales préoccupations des viticulteurs en temps normal. Il est possible que les rendements soient plus faibles par endroits, car les baies sont plus petites et contiennent donc moins de jus en raison du manque d’eau. Dans l’ensemble, les raisins sont en très bonne santé cette année et laissent présager des vins d’une grande pureté.

2022 sera donc un bon millésime ?

Oui, les viticulteurs s’attendent à un excellent millésime – du moins pour les zones où l'approvisionnement en eau a été suffisant.

Au cours des dix dernières années, les vendanges ont déjà à plusieurs reprises commencé plus tôt. Est-ce une tendance qui se confirmera dans les années à venir ?

Il faut s’y attendre. Mais ce phénomène est plutôt dû à une floraison précoce, qui prolonge la saison végétative – c’est-à-dire la période pendant laquelle les baies se développent et mûrissent. Au cours des dix dernières années, la floraison du cépage Rivaner a débuté en moyenne treize jours plus tôt que dans les années 1970. C’est le résultat de notre analyse détaillée des relevés météorologiques et des données viticoles annuelles des 50 dernières années. Outre la précocité de la floraison, on a enregistré pour ce cépage une avance de 17 jours dans la maturation au cours des dix dernières années

Figure 2 : Stades de développement de la vigne (échelle BBCH)

Stade principal 0 : débourrement (00-09 sur l'illustration). La vigne sort du repos végétatif, les bourgeons gonflent et les extrémités de la jeune pousse deviennent visibles.

Stade principal 1 : développement des feuilles (11-15). Neuf feuilles ou davantage sont étalées.

Stade principal 5 : apparition des inflorescences (55-57). Les « grappes » (inflorescences) deviennent visibles et augmentent de taille. 

Stade principal 6 : floraison (61- 68). Les capuchons floraux se séparent du réceptacle et tombent progressivement. 

Stade principal 7 : développement des fruits (71-77). Les nouaisons augmentent de taille, des fruits se développent et les grappes s’inclinent vers le bas.

Stade principal 8 : maturation des baies (81- 89). Les baies changent de couleur et deviennent plus molles.

Stade principal 9 : début du repos végétatif (91-97). Après la vendange, les feuilles se colorent et chutent.

Source: Lorenz et al., 1994.

Chaque année, la vigne passe par une phase de croissance, une phase de maturation et une phase de repos. Chaque phase est divisée en différents stades, dont la durée peut varier en fonction de la variété, de l’emplacement et du temps.

Quel est l’impact de ces décalages dans la phase végétative sur les vins luxembourgeois ?

La phase de maturation est raccourcie. En d’autres termes, les raisins mûrissent plus rapidement, en raison d’une double augmentation de la température pendant la phase de maturation.

D’une part, il y a une augmentation générale des températures. En effet, les températures moyennes annuelles des années 2010 ont été supérieures de 1,7 °C à celles des années 1970, les maxima journaliers moyens ayant même augmenté de 2,5 °C. Ensuite, en raison d'un débourrement et d'une floraison précoces, la phase de maturation se décale vers les mois d'août et de septembre, plus chauds. Dans les années 1970, la phase de maturation correspondait aux mois de septembre et d'octobre.

Cela signifie que les raisins reçoivent dans l’ensemble plus de chaleur, ce qui a eu un effet positif sur la qualité des vins ces dernières années. En effet, depuis le début du millénaire, il n’y a pas eu d’année viticole au Luxembourg où les raisins n'ont pas mûri. Dans les années 1970, c'était encore régulièrement le cas.

Figure 3 : Évolution de l’indice héliothermique (indice de Huglin) au cours des 50 dernières années sur le site de Remich. L’indice de Huglin calcule la quantité de chaleur nécessaire pour la culture d'un cépage donné. Dans le graphique, la ligne centrale dans les boîtes à moustaches grises indique la médiane de l’indice de Huglin mesuré au cours des décennies respectives. Les boîtes à moustaches désignent le 25e et le 75e percentile et les moustaches indiquent les valeurs minimales et maximales respectives. L'échelle de couleur indique les limites inférieures et supérieures proposées par Huglin pour les différents cépages de la Moselle.  Source : Molitor, Junk et Schulz, 2022a

Mais d’un autre côté, les conditions climatiques pourraient à l’avenir modifier ou menacer la typicité des vins de la Moselle luxembourgeoise si aucune adaptation n’est entreprise. La typicité désigne l’aspect, l’odeur et le goût typiques d’un cépage donné – par exemple la légèreté des vins de la Moselle ou les arômes de pomme, de pêche et d'agrumes dans un Riesling sec. Si la maturité intervient plus tôt, mais que la date de vendange n’est pas adaptée, la teneur en alcool du vin risque d’être trop élevée.

Le réchauffement n’est donc pas nécessairement synonyme de moins de problèmes. C’est pour cette raison que nous examinons, dans le cadre de plusieurs projets de recherche, différentes stratégies visant à promouvoir le succès économique de la viticulture dans la région de l’« Appellation d’origine protégée – Moselle Luxembourgeoise » et à en assurer la pérennité.

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Projets de recherche TerroirFuture, VinoManAOP, VinoManAOP2

Diese und andere Forschungsprojekte werden in einer Zusammenarbeit zwischen dem LIST und dem IVV durchgeführt.

Comment la viticulture luxembourgeoise peut-elle s’adapter aux conditions climatiques changeantes ?

En 2015, nous avons lancé des essais avec des cépages blancs à maturation tardive, comme le Grüner Veltliner, très répandu en Autriche. Mais nous avons également planté des cépages rouges, tels que le Cabernet Sauvignon, la Syrah et le Zinfandel. Au total, nous testons treize cépages à maturation tardive avec chaque fois dix vignes. Nous récoltons des raisins mûrs sur ces vignes tests depuis 2018. Les premiers résultats obtenus lors des années chaudes de 2017 à 2020 étaient prometteurs : les variétés testées arrivent à maturité plus tard, avec jusqu’à onze jours de décalage par rapport au Pinot noir. Les densités du moût de la récolte étaient souvent comparables à ceux du Pinot noir et il n’y avait pas de maladies significatives, sauf pour le cépage Zinfandel. La fraîcheur de l’année 2021 a toutefois mis en évidence les limites des variétés à maturation tardive. En effet, un grand nombre de ces variétés n'ont pas suffisamment mûri.

Figure 4. Les cépages rouges tardifs Cabernet Sauvignon (à gauche) et Zinfandel (à droite) dans les vignobles IVV à Remich.

Nous testons également des emplacements alternatifs par rapport aux coteaux typiques exposés au sud, à savoir des sites plus plats ou exposés différemment le long de la Moselle, mais aussi des emplacements plus frais, situés plus au nord, par exemple le long de l'Our à Vianden. Du vin y a par exemple déjà été cultivé jusqu’au début du XXe siècle. Avec le cépage Cabernet blanc testé, nous avons pu observer jusqu’à présent un léger retard de maturité dans ces emplacements. À Vianden, le vin a en outre développé d’autres arômes : le Cabernet blanc de 2016 révélait des notes de poivron vert et d’asperge et à Remich, il dégageait des notes d’agrumes et de fruits de la passion. Mais cela peut aussi être dû à des différences au niveau du sol. À Vianden, on trouve de l’ardoise et dans la région de la Moselle, du calcaire coquillier. Les notes typiques du cépage Cabernet blanc sont la groseille, le pamplemousse, la groseille à maquereau et le poivron vert. Une délocalisation des vignobles pourrait donc éventuellement permettre de préserver à l’avenir la typicité et la légèreté des vins blancs luxembourgeois.

Tout cela semble prometteur, mais ce type d’adaptations ne peuvent pas être réalisées du jour au lendemain à grande échelle, n’est-ce pas ? Quel serait le temps nécessaire ?

Non, il s’agit plutôt d’adaptations à long terme. Il est difficile d’indiquer une période précise. Les viticulteurs se rendent actuellement compte que les temps où le changement climatique n’exerçait que des effets positifs sur la viticulture locale sont révolus. Les nouvelles variétés testées constituent des options supplémentaires, pas des mesures clés. Ces essais ne signifient pas qu’à l’avenir, seuls des vins rouges seront produits à la Moselle. Nous effectuons par exemple aussi des tests avec différents clones d'Elbling. Ils ont été sélectionnés à partir d’anciens vignobles, car ils présentent des caractéristiques différentes de celles des clones d’Elbling classiques, dans l'espoir que certains d'entre eux s'avèrent peut-être mieux adaptés au changement climatique à l'avenir.

Tous ces essais n’en sont qu’à leurs débuts. Durant l'été pluvieux de 2021, les variétés à maturation tardive n'ont par exemple pas du tout mûri. Cela montre que ces variétés ne prospèrent vraiment que dans des conditions climatiques déterminées, que nous n'avons actuellement pas encore chaque année. Un viticulteur plante toujours un vignoble dans le but de pouvoir l’exploiter pendant 30 à 40 ans. Il convient donc de s’assurer que les nouveaux cépages offrent un bon rendement et qu’ils sont rentables.

Quelles mesures les viticulteurs peuvent-ils prendre à court terme pour faire face aux défis actuels ?

Ils peuvent par exemple adapter leurs méthodes de gestion des cultures, notamment en procédant à un entretien du sol et un effeuillage qui préservent l’eau. Si une vigne a moins de feuilles, son activité photosynthétique diminue et elle consomme donc moins d'eau. Cela a pour conséquence de décaler la phase de maturation, ce qui se traduit par une teneur moins élevée en sucre du raisin et une quantité moins importante d'alcool dans le vin. Il pourrait donc s’agir d’une mesure contre la double augmentation de la température pendant la phase de maturation.

Mais le moment où l’on procède à l’effeuillage est également important : il ne faut pas enlever les feuilles juste avant des vagues de chaleur annoncées. Le viticulteur doit habituer les raisins de manière anticipée et progressivement à l'ensoleillement supplémentaire, tout comme nous, les êtres humains, ne devrions pas commencer à exposer notre peau au soleil trois jours seulement avant de partir en vacances dans un pays du Sud.

Il convient aussi d’éviter les coups de soleil pour les vignes. Les signes en sont un brunissement rougeâtre au niveau des baies et une coloration également brunâtre des feuilles. Le risque de coups de soleil augmente avec le changement climatique. Mais il existe déjà des projets de recherche à ce sujet : les raisins sont blanchis avec du kaolin, un minéral argileux, ce qui leur permet de réfléchir davantage le soleil. Cette année, cette méthode a permis de recenser une baisse de jusqu’à 30 % des coups de soleil sur les vignes testées par rapport aux vignes non traitées. Ces essais seront répétés les années à venir dans le cadre d’un essai circulaire, avant que des recommandations générales ne soient formulées pour une utilisation plus généralisée.

Illustration 5. Les décolorations jaune-brun au niveau des feuilles (en haut à gauche), les pousses brûlées () et les décolorations rouge-brun des baies () sont des signes de coups de soleil. Une méthode de prévention possible est le blanchiment à l’aide de kaolin, un minéral argileux (en bas à droite).

En cas de stress hydrique, le viticulteur peut bien entendu décider d’irriguer ses vignes. Cela concerne surtout les jeunes vignes, qui sont plus vulnérables au stress hydrique, car leurs racines s'enfoncent moins profondément dans le sol. Les racines de vignes plus anciennes s’accommodent généralement bien de périodes de sécheresse prolongées, car leurs racines descendent nettement plus bas et peuvent donc s'approprier des couches de sol plus profondes.

Ici, dans les vignobles expérimentaux de l’IVV, il a été décidé, pour le millésime actuel, d’enlever complètement les grappes de jeunes vignes à un moment précoce. Les vignes ne produisent certes pas de raisins cette année, mais l’impact de la sécheresse extrême sera vraisemblablement moins prononcé l’année prochaine.

Mais l’irrigation à grande échelle est-elle praticable en cas de sécheresse persistante comme celle que nous avons connue cet été ?

C’est une bonne question. Techniquement, c'est tout à fait possible. D’un point de vue juridique, c’est un peu plus délicat. Où les viticulteurs vont-ils puiser l’eau ?

En outre, l'irrigation implique une charge de travail supplémentaire et, surtout, une consommation d'eau élevée. Si un viticulteur souhaite simuler une précipitation de 10 mm sur une surface d’un hectare, il lui faut 100 000 litres d'eau. À titre de comparaison, la citerne d’un camion de collecte de lait peut contenir environ 14 000 litres. Actuellement, le LIST effectue aussi une étude de faisabilité pour détecter le stress hydrique à l'aide de capteurs et de mesures de flux de sève dans la vigne. De telles méthodes pourraient contribuer à l’avenir à prendre des décisions plus ciblées sur les besoins en irrigation.

Qu’en est-il des mesures phytosanitaires pour protéger les vignes des maladies et des ravageurs ? L’objectif est bien de les réduire.

Les viticulteurs peuvent d’ores et déjà planter des variétés résistantes aux champignons (comme le Cabernet blanc), qui sont moins sensibles aux maladies cryptogamiques telles que le mildiou et l’oïdium. En particulier lors de printemps humides comme en 2021, les attaques des champignons sur les raisins luxembourgeois constituent un véritable problème.

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Comment obtient-on des cépages résistants aux champignons ?

Les cépages résistants aux champignons autorisés au Luxembourg sont issus de croisements classiques et non pas de manipulations génétiques. Des cépages européens ont été croisés à cette fin avec des cépages américains résistants aux maladies. Ces variétés sont nettement moins sensibles aux maladies cryptogamiques, ce qui permet au viticulteur d’utiliser très peu de produits phytosanitaires (dans ce cas, des fongicides).

Actuellement, le LIST examine également dans quelle mesure les variétés résistantes aux champignons sont aussi adaptées à la sécheresse et à la chaleur. Si des variétés résistantes aux champignons sont utilisées, le viticulteur peut renoncer à certains produits phytosanitaires ou du moins en utiliser moins. En effet, en viticulture, les maladies cryptogamiques doivent malheureusement être traitées de manière préventive et continue. Une fois que le mildiou s’installe dans la vigne, il est difficile de le maîtriser. Cet été, par exemple, on aurait pu – avec le recul – renoncer complètement aux mesures de lutte contre le mildiou dans de nombreux cas, et les derniers traitements ont d'ailleurs souvent été omis dans la pratique.

Conclusion : Alors, y aura-t-il encore à l’avenir de l’Elbling et du Riesling sec de la Moselle ?

Absolument. L’objectif à long terme est de conserver les cépages traditionnels au Luxembourg grâce à diverses stratégies d'adaptation. Les variétés à maturation tardive provenant de régions plus chaudes peuvent entre-temps venir compléter les cépages locaux. En attendant, nous tirons de nouvelles leçons tous les ans, car les conditions climatiques sont difficiles à prévoir en ce moment. Les étés 2018, 2019 et 2020 ont été très chauds, mais il a beaucoup plu en 2021. Outre la sécheresse, les fortes pluies elles aussi sont de plus en plus fréquentes, ce qui entraîne par exemple des problèmes d'érosion des sols. Et il existe toujours un risque de dégâts dus au gel tardif.

Dans le cadre de projets de recherche actuels et futurs, les stratégies d’adaptation pour la viticulture luxembourgeoise doivent être mises en lumière scientifiquement afin d’en dégager des aides à la prise de décision pour assurer l’exploitation durable des vignobles du pays dans des conditions climatiques changeantes.

À propos de Daniel Molitor

Daniel Molitor a étudié la viticulture et l'œnologie à Geisenheim et à Giessen. Il a terminé son doctorat à Giessen en 2009 et a ensuite rejoint le LIST. En 2016, il a obtenu son habilitation à la BOKU à Vienne, où il est également chargé de cours. 

Auteur : Michèle Weber (FNR)
Rédaction : Lucie Zeches (FNR), Daniel Molitor (LIST), Jürgen Junk (LIST)
Traduction : Nadia Taouil (t9n)

Droits d’image :
1) IVV
2) EHuebner; dans Lorenz, Dieter et al: Phänologische Entwicklungsstadien der Weinrebe (Vitis vinifera L. ssp. sativa). Die Weinwissenschaft 49. 2. 1994, 66-70. CC-BY-NC-ND-3.0
3) Daniel Molitor, Jürgen Junk et Mareike Schulz, Die Winzerzeitschrift Januar 2022. 
4) FNR
5) FNR

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