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Il n'existe actuellement aucun vaccin éprouvé contre le SARS-CoV-2 ni aucune substance active généralement reconnue contre la maladie Covid-19 déclenchée par l'agent pathogène.

Pourquoi est-il si urgent de trouver un vaccin ou un médicament contre le Covid-19 ?

Le SARS-CoV-2 est un agent pathogène qui a été très récemment transmis des animaux à l'être humain. Mais notre système immunitaire n'est pas encore préparé au virus. Sans protection, un grand nombre de personnes risquent de se contaminer et de contracter le Covid-19. Un tel scénario entraînerait beaucoup de décès, en particulier chez les personnes âgées, les personnes atteintes d'autres maladies ou celles dont le système immunitaire est affaibli. Les systèmes de soins de santé s'effondreraient sous l'arrivée massive de patients. Les mesures de confinement et les interdictions de contact actuellement en vigueur ralentissent la propagation du virus, mais seule l'arrivée d'un vaccin ou d'un médicament permettra de stabiliser la situation. C'est pourquoi les scientifiques travaillent d'arrache-pied pour trouver un médicament ou un vaccin.

Quand pouvons-nous nous attendre à ce qu'un vaccin ou un médicament soit disponible ?

En règle générale, il faut beaucoup de temps pour qu'un vaccin ou un médicament soit approuvé pour l'usage chez les patients. Dans une étude datant de 2017, des scientifiques ont examiné le temps que dix entreprises ont mis pour mettre au point des médicaments anticancéreux. Alors que le délai le plus court était de 5,8 ans, le délai le plus long avoisinait les 15,2 ans. Une publication dans la revue scientifique Nature Reviews Drug Discovery (Paul, S.M., et al.: Nature Reviews Drug Discovery 9, 203 – 214 (2010)) avance une durée moyenne de 13,5 ans.

Et il faut encore plus de temps pour mettre au point un nouveau vaccin. La durée correspondant au « bench to bedside », c'est-à-dire le temps qu'une substance active met pour passer du « laboratoire » au chevet du patient, est comprise entre 15 ans (comme c'était le cas pour les vaccins contre le VPH et les rotavirus) et 30 ans (comme pour l'agent pathogène de la varicelle, le virus varicelle-zona). Cela fait déjà plus de 30 ans que les scientifiques recherchent un vaccin contre le VIH sans qu'un médicament ait été approuvé à ce jour. Plusieurs raisons expliquent pourquoi la recherche avance tantôt plus vite, tantôt plus lentement. Mais en règle générale, le délai d'attente est long – les raisons seront élucidées ci-dessous.

Cependant, la pandémie de COVID-19 nous confronte à une situation urgente et exceptionnelle dans laquelle certaines étapes pourront peut-être être accélérées. C'est pourquoi les fabricants de vaccins sont en contact permanent avec les autorités afin d'examiner les éventuelles dérogations aux procédures d'approbation. Les scientifiques étudient également des médicaments déjà approuvés pour traiter d'autres maladies afin d'évaluer leur efficacité contre le Covid-19.

Cependant, à l'heure actuelle, même les experts ne peuvent que formuler des hypothèses quant au moment où un vaccin sera enfin disponible. Alors que Dietmar Hopp, copropriétaire de la société pharmaceutique CureVac basée à Tübingen, annonçait encore en mars l'arrivée d'un vaccin dès l'automne, le virologue Christian Drosten parle d'un an à un an et demi dans un podcast du Norddeutscher Rundfunk. Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases aux États-Unis, évoque également un délai de 12 à 18 mois.  D'autres scientifiques, comme le directeur du Wellcome Trust Jeremy Farrad, partent du principe que le vaccin arrivera « trop tard », quoi qu'il arrive.

Quelle est la différence entre un vaccin et un médicament ?

Un vaccin doit protéger le corps contre une maladie infectieuse. Il le prépare à un éventuel contact avec un agent pathogène, tel que le SARS-CoV-2, et lui permet de développer une immunité qui perdurera pendant de nombreuses années, et idéalement toute la vie. Les vaccins peuvent contenir des agents pathogènes inactivés ou atténués ou des fragments de tels agents. Ils servent à « entraîner » le système immunitaire : ce dernier se familiarise avec l'agent pathogène et sera en mesure de le combattre rapidement en cas de contact ultérieur. Dans l'idéal, les vaccins peuvent freiner la propagation d'une maladie. La variole a même pu être éradiquée à l'échelle planétaire.

Les médicaments, en revanche, sont censés agir lorsque les agents pathogènes se sont installés dans l'organisme et que la maladie s'est déclarée - comme c'est actuellement le cas avec le Covid-19, causé par le SARS-CoV-2. Alors que certains principes actifs attaquent l'agent pathogène lui-même et freinent sa reproduction, voire le tuent (par exemple, dans le cas de bactéries ou de parasites), d'autres substances actives soutiennent le système immunitaire dans sa lutte contre les agresseurs.

Quelles pistes sont explorées pour développer un vaccin contre le SARS-CoV-2 ?

Les formes les plus courantes de vaccins à ce jour sont les vaccins vivants et les vaccins inactivés. Dans le premier cas, la virulence des agents pathogènes vivants a été atténuée à un tel point que ces derniers déclenchent une réaction du système immunitaire sans que la maladie en elle-même se déclare. Les vaccins inactivés, en revanche, ne contiennent pas d'agents pathogènes vivants. Ils sont un peu plus faciles à mettre au point, mais ils sont moins bien tolérés. Ce type de vaccins permet également au système immunitaire de reconnaître le virus et de le percevoir comme dangereux.

Les vaccins génétiques sont très récents. Ils utilisent le matériel génétique - l'ADN - de l'agent pathogène ou son ARN messager - c'est-à-dire des molécules qui servent à transcrire les informations contenues dans l'ADN en protéines. Jusqu'à présent, dans les tests, aucune des deux formes - les vaccins à ADN et à ARN - n'a suscité les effets secondaires pouvant survenir avec les vaccins vivants ou les vaccins inactivés.

La bonne nouvelle, c'est que les vaccins à ARN peuvent être mis au point plus rapidement que leurs pendants classiques, qui reposent sur des agents pathogènes inactivés ou atténués. La société américaine Moderna a déjà pu lancer une étude clinique sur ce type de nouveau vaccin le 16 mars aux États-Unis. Les entreprises allemandes CureVac et BioNTech travaillent aussi sur des vaccins à ARN et commenceront les tests sur des volontaires à la fin du mois d'avril ou au début de l'été. La mauvaise nouvelle, c'est qu'à ce jour, il n'existe pas encore de vaccin à ARN approuvé. Par conséquent, cette nouvelle technologie n'a pas encore pu être testée dans la pratique. Dans ce contexte, les chercheurs insistent sur le profil de sécurité de la nouvelle approche et rappellent que des tests doivent d'abord être réalisés chez l'homme.

C'est pourquoi l'approche classique est aussi adoptée dans la recherche d'un vaccin contre le SARS-CoV-2. Ainsi, la société chinoise CanSinoBIO a obtenu le 17 mars 2020 l'autorisation pour tester un vaccin avec des virus vecteurs. Il s'agit de virus qui sont inoffensifs ou qui ne peuvent pas se reproduire dans le corps humain. Les chercheurs les modifient de façon à ce que le système immunitaire les identifie comme un agent pathogène du SARS-CoV-2. Cela permet à l'organisme de se défendre sans tomber malade.

Fin mars 2020, l'université d'Oxford s'est mise à la recherche de 510 volontaires âgés de 18 à 55 ans pour conduire un essai clinique avec une substance active que les chercheurs ont développée à l'aide d'une plate-forme de vaccins. Cette technologie consiste à combiner des virus bien connus avec les caractéristiques distinctives de nouveaux virus contre lesquels les chercheurs souhaitent élaborer un vaccin, ce qui accélère le développement. Ces nouvelles méthodes de développement ont permis de réduire le temps de mise au point d'un vaccin de 15 à 20 ans à moins de 10 ans.

Quelles sont les avancées dans la recherche de médicaments contre le Covid-19 ?

Nous l'avons déjà évoqué, ce n'est pas seulement la mise au point de nouveaux vaccins qui prend beaucoup de temps. La recherche de nouveaux médicaments, elle aussi, prend en moyenne 13,5 ans (Paul, S.M., et al.: Nature Reviews Drug Discovery 9, 203 – 214 (2010)). Toutefois, comme le temps presse dans la lutte contre le Covid-19, les chercheurs essayent d'identifier des candidats possibles parmi les substances actives déjà connues et en partie déjà testées depuis longtemps. Leur transformation – comme cela a été le cas avec l'antigrippal Tamiflu lors de l'épidémie de grippe porcine en 2009-2010 – peut aboutir beaucoup plus rapidement que si l'on commence le développement et les tests à partir de zéro. Il s'agit avant tout de médicaments contre d'autres maladies virales telles qu'Ebola, l'hépatite, la grippe ou encore le SARS et le MERS apparentés au Covid-19.

Le remdesivir, l'un de ces médicaments, suscite actuellement beaucoup d'espoir. Il a été développé pendant l'épidémie d'Ebola au milieu des années 2010. Bien que son efficacité et sa tolérance aient été démontrées en laboratoire, le médicament n'a pas été validé lors des essais cliniques ultérieurs. Il pourrait aujourd'hui connaître une renaissance, car sa capacité à combattre les coronavirus dans les cultures cellulaires ainsi que dans les modèles animaux a déjà été prouvée. Cependant, des essais cliniques doivent être réalisés sur un grand nombre de patients pour que l'on puisse se prononcer de façon générale sur son efficacité et son innocuité chez l'homme. Les premiers essais sont déjà en cours.

Les chercheurs se penchent également sur la substance active chloroquine, qui est utilisée comme antipaludéen depuis de nombreuses années et qui a fait la une des médias, notamment après les déclarations du président américain Donald Trump.

Cependant, les scientifiques ne se contentent pas de tester l'efficacité de médicaments existants. Ils travaillent également sur de toutes nouvelles substances actives. L'université de Lübeck travaille par exemple depuis un certain temps sur des substances actives qui s'attaquent aux virus et qu'elle essaye d'optimiser pour combattre le nouvel agent pathogène. De plus, les groupes de chercheurs et les entreprises pharmaceutiques accordent une importance particulière au sang des patients guéris du Covid-19. Ils espèrent que les anticorps contenus dans le sang ou leur ARN messager soient capables d'empêcher la prolifération du virus dans le corps des patients.

Pourquoi les essais cliniques prennent-ils autant de temps ?

Les médicaments sont censés guérir les patients – et non pas les rendre malades en raison de leurs effets secondaires. Pour exclure les effets secondaires, des études approfondies sont nécessaires. Dans le cas des nouvelles substances actives, ces études durent plusieurs années. Ce n'est qu'une fois ces étapes terminées qu'un médicament peut être commercialisé et prescrit. Dans le cadre de ces études, l'efficacité et la tolérance des principes actifs sont testées sur un grand nombre de personnes lors de différentes phases. Pour que ces tests puissent se faire aussi rapidement que possible pendant la crise du coronavirus, l'Agence européenne des médicaments a demandé aux entreprises et aux instituts de recherche de conduire des essais conjoints.

Les différentes phases des études

Une fois que les chercheurs ont identifié une substance active potentielle pour un vaccin ou un médicament, ils la testent sur des cellules dans une boîte de Pétri et dans des modèles animaux. Outre l'efficacité, il convient de déterminer si la substance est toxique. Ces tests sont appelés des essais précliniques.

Ce n'est qu'après cette phase que l'on mène les essais cliniques, lors desquels les médicaments doivent s'avérer efficaces avant qu'ils puissent être approuvés pour l'usage chez l'être humain. L'objectif, c'est de minimiser les effets secondaires, d'une part, et de s'assurer que les effets escomptés sont obtenus, d'autre part. Les essais cliniques comptent trois phases. La première se concentre sur la tolérance du vaccin. Les scientifiques la testent sur un petit nombre de volontaires en bonne santé.

Au cours de la phase suivante, plusieurs centaines de volontaires reçoivent la substance active. À ce stade, il s'agit de déterminer si l'effet escompté est obtenu, d'identifier la dose nécessaire et de constater s'il y a des effets secondaires indésirables. Les participants sont souvent des personnes qui souffrent de la maladie contre laquelle le médicament est censé agir. Ils sont divisés en deux groupes. Les patients du premier groupe reçoivent la nouvelle substance active, tandis que ceux du deuxième groupe reçoivent le traitement standard ou un placebo. Plusieurs milliers de participants prennent part à la troisième phase.

Une fois tous ces obstacles surmontés, les autorités compétentes évaluent les résultats des études et approuvent l'utilisation du médicament ou du vaccin. Et même une fois que la substance active est utilisée, les études ne s'arrêtent pas. Dans une quatrième phase, la substance active est soumise à une observation à long terme. L'objectif est d'identifier également les effets secondaires mineurs ou les effets à long terme.

Conclusion :

Il n'existe actuellement aucun vaccin éprouvé contre le SARS-CoV-2 ni aucune substance active généralement reconnue contre la maladie Covid-19 déclenchée par l'agent pathogène. Les chercheurs travaillent d'arrache-pied pour mettre au point un vaccin ou un médicament. À l'heure actuelle, plus de 80 études cliniques sont en cours et les premiers résultats sont attendus pour la fin du mois d'avril. Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs, les fabricants de médicaments et les autorités de réglementation recherchent activement des moyens d'accélérer les procédures – sans mettre en danger la sécurité et la santé des patients. Alors que divers médicaments sont déjà utilisés comme traitement expérimental contre le Covid-19, les estimations optimistes des experts ne prévoient pas l'arrivée d'un vaccin contre le SARS-CoV-2 avant le printemps 2021.

Auteur : scienceRELATIONS/Kai Dürfeld
Editeur : Michèle Weber (FNR)

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