(C) Luxemburger Wort/Tania Feller

d.d.à.g.: Dr Eric van Dyck (CRP-Santé), Dr Marc Schlesser (CHL), Dr Guy Berchem (CRP-Santé/CHL)

Bien que le tabagisme soit généralement connu comme un facteur de risque de cancer du poumon et de cancer de la tête et du cou, nous ne savons pas pourquoi certains fumeurs contractent un cancer et d'autres non.  Des scientifiques du Centre de Recherche Public Santé (CRP-Santé) et des médecins du Centre Hospitalier de Luxembourg (CHL) ont trouvé des modifications génétiques dans les poumons de fumeurs atteints de cancer. Celles-ci pourraient s'avérer être un signe d'avertissement précoce du cancer du poumon ou de la tête et du cou.

Comment le tabagisme peut-il causer le cancer ?

La fumée de cigarette laisse dans les muqueuses et les tissus des traces chimiques  qui peuvent conduire à une croissance incontrôlée des tissus et donc au cancer.  En temps normal, le corps réagit, grâce à un mécanisme de protection, contre les substances toxiques contenues dans la fumée de cigarette et leurs effets sur les tissus.  Chez les fumeurs atteints de cancer, les gènes qui contrôlent ces mécanismes ont changé : le mécanisme de défense n'a pas lieu.  Une tumeur peut ainsi facilement se développer.

Identification précoce de la population à risque

L'équipe de chercheurs a identifié un groupe de 15 gènes – soit une signature génétique – qui ont été modifiés chez les fumeurs atteints de cancer, mais pas chez les fumeurs non malades.

Cette découverte pourrait être une percée pour la médecine :  au regard de cette signature, les médecins pourraient à l'avenir identifier éventuellement plus tôt, à l'aide de tests de diagnostic, les personnes plus susceptibles de développer un cancer des poumons et un cancer de la tête et du cou et ainsi les traiter plus tôt.  Le cancer du poumon étant souvent découvert beaucoup trop tard, il fait partie des types de cancers les plus malins à l'échelle mondiale.

Cas particulier à l'étude : Des anomalies se présentent, avant que le cancer ne se propage

Dr Eric van Dyck, biologiste au CRP-Santé, explique la particularité de cette étude :  « Jusqu'à présent, les chercheurs cherchaient des différences génétiques entre tissu tumoral et tissu sain. Mais peut-être qu'il ne s'agissait pas de la bonne approche : on ne sait en effet pas si les modifications génétiques au sein du tissu tumoral sont la cause ou la conséquence du cancer. »

Les chercheurs luxembourgeois ont donc opté pour une approche différente :  ils ont prélevé des échantillons de tissus très éloignés d'une tumeur éventuellement existante.  Cela permet de rechercher dans les tissus des modifications génétiques qui sont déjà présentes, avant qu'une tumeur ne se déclare.

Quel tissu est le plus approprié pour un test de diagnostic ?

Dans la pratique, le mucus provenant des voies respiratoires conviendrait le mieux à un test de diagnostic. « Nous avions déjà depuis longtemps l'idée d'examiner le mucus après des modifications génétiques, mais nous devions tout d'abord savoir ce que nous recherchions », explique Dr Marc Schlesser, pneumologue au CHL.

Pour cette étude, il a prélevé des échantillons de tissus provenant de poumons de patients (fumeurs avec ou sans cancer du poumon ou cancer de la tête et du cou) et de non-fumeurs en bonne santé.  Une autre étude pourrait déterminer si les mêmes modifications génétiques peuvent également être découvertes dans des échantillons de mucus.

Cependant, seules 34 personnes au total ont participé à cette étude.  Les résultats doivent être confirmés et étendus en premier lieu au sein d'une plus vaste étude, avant que les chercheurs n'effectuent d'autres études et ne mettent au point un test de diagnostic.

Auteur: Michèle Weber
Photo © Luxemburger Wort/Tania Feller (d.d.à.g.: Dr Eric van Dyck (CRP-Santé), Dr Marc Schlesser (CHL), Dr Guy Berchem (CRP-Santé/CHL))

 

 

Infobox

 

Signature génétique

Une signature génétique est un groupe de gènes qui sont conjointement caractéristiques d'un état médical ou d'une maladie.  Une signature génétique permet idéalement d'identifier précisément les patients à un stade particulier de la maladie et de faciliter ainsi le choix du traitement.

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