Steak

© Bernd Jürgens/Shotshop.com

Si l’alpha-gal passe dans le sang après un repas carné, une réaction allergique peut se produire.

Mordre dans la chair tendre d’un steak cuit sur le grill – une torture pour les végétariens, mais pas seulement : en 2009, des scientifiques américains ont constaté que les êtres humains pouvaient développer une allergie à la viande de mammifères. Ils courent un risque accru de souffrir de cette intolérance alimentaire quand ils ont été piqués par une tique au cours de leur vie et ont réagi à cette morsure par d’importantes réactions inflammatoires. Des symptômes tels que les rougeurs cutanées, la détresse respiratoire, voire des chocs anaphylactiques, peuvent alors résulter de la consommation de viande.

Les premiers symptômes allergiques apparaissent après quelques heures

Le déclencheur immédiat de ce syndrome d’hypersensibilité, très rare, est un oligosaccharide (sucre) spécifique, le galactose-alpha-1,3-galactose – abrégé en alpha-gal. L’alpha-gal est présent à la surface des cellules des mammifères comme le bœuf, le porc, l’agneau ou le gibier. Les cellules humaines en sont dépourvues. Si l’alpha-gal passe dans le sang après un repas carné, une réaction allergique peut se produire. Toutefois, elle n’a pas lieu immédiatement après ingestion – comme chez les personnes allergiques aux pommes. La plupart du temps, deux à six heures s’écoulent avant que les premiers symptômes allergiques apparaissent. Il n’est donc pas évident de les associer à la consommation de viande.

Une équipe de scientifiques et de cliniciens allemands et luxembourgeois,regroupant plusieurs représentants du Luxembourg Institute of Health (LIH), a perfectionné un test permettant d’améliorer significativement le diagnostic du syndrome alpha-gal. En détectant des anticorps spécifiques dirigés contre l’alpha-gal, il est possible de mettre en évidence une sensibilisation à cette substance. En revanche, cette procédure ne permet pas d’estimer le risque effectif de réaction allergique. 

Des tests conventionnels sont très complexes et non sans risque

« Jusqu’à présent, un test de provocation devait obligatoirement être réalisé : sous surveillance médicale, les personnes concernées consommaient de la viande en quantité de plus en plus importante jusqu’à ce qu’une réaction allergique se produise », explique le Dr Christiane Hilger, chercheuse principale du groupe Allergologie moléculaire et translationnelle au sein du LIH et co-responsable du projet : « Compte tenu du temps de latence le test était très complexe et non sans risque. »

Dans le cadre de leur travail, les chercheurs ont analysé le comportement d’un type spécifique de cellules immunitaires humaines, les basophiles. Différentes études ont mis en évidence l’intérêt de ces cellules pour l’approfondissement du diagnostic allergologique. En présence d’une allergie, elles réagissent de manière excessive à différents allergènes, notamment au sucre alpha-gal. 

Détecter l’allergie par une prise de sang

Forts de ces connaissances, les scientifiques ont mis au point un test qui contient notamment l’allergène alpha-gal et certains marqueurs fluorescents. Le Dr Hilger explique qu’en cas de stimulation des globules blancs par les allergènes (on parle de test d’activation des basophiles), les marqueurs sont davantage décelables : « Un échantillon de sang est prélevé chez le patient, puis mis en contact avec les substances du kit de test. Les basophiles sont ensuite analysés par cytométrie en flux. S’ils réagissent fortement à l’alpha-gal, ils émettent une lumière intense dans le cytomètre du fait de l’utilisation de marqueurs fluorescents. Chez les personnes qui ne présentent pas de réaction allergique, le signal fluorescent est beaucoup plus faible, voire totalement absent. »

Afin d’évaluer sa nouvelle approche, l’équipe scientifique a examiné les échantillons sanguins de plus de 50 personnes. Le Prof. Bernadette Eberlein constate un résultat sans équivoque : « Le signal fluorescent nous a permis d’identifier clairement les personnes ayant développé une allergie à la viande et présentant un risque élevé de réaction allergique en cas de consommation de produits carnés. Ce test contribuera à limiter considérablement le nombre de tests de provocation réalisés à l’avenir. »

L'allergie à la viande diminue avec le temps

Nous ne connaissons pas le chiffre des personnes atteintes par ce symptôme partout dans le monde. Surtout parce que la présence de ces anticorps ne provoque pas forcément des réactions allergiques, explique Hilger. Cependant, il existe des groupes à risque tels que les ouvriers forestiers ou les chasseurs, plus exposées aux tiques. «La bonne nouvelle, c'est qu'après un certain temps, les anticorps diminuent beaucoup et que la viande pourra à nouveau être tolérée, bin sûr à condition qu'il n'y ait plus de piqûres de tiques», explique la chercheuse.

Pour les chercheurs du LIH, du CHL et des Universités de Tübingen et de Munich, le travail n’est cependant pas terminé. Le Dr Hilger poursuit : « Nous en savons encore très peu sur les causes et les mécanismes immunologiques du syndrome alpha-gal. Il a certes été observé que les personnes ayant été piquées par une tique développent davantage une allergie à la viande. Nous souhaitons désormais identifier les substances présentes dans la salive des tiques qui déclenchent cette réaction et comprendre ce qui se passe exactement dans le système immunitaire. » Ce projet de recherche complémentaire est financé par le Fonds National de la Recherche (FNR) et la Fondation allemande pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG) dans le cadre du programme CORE.

L’équipe de scientifiques à l’origine de ce travail est composée du Dr Christiane Hilger et du Prof. Markus Ollert – LIH, du Dr Martine Morisset et du Dr Françoise Codreanu-Morel – Centre Hospitalier de Luxembourg (CHL), du Dr Jörg Fischer – Université Eberhard Karls à Tübingen, ainsi que des coordonnateurs de projet Jana Mehlich, Prof. Bernadette Eberlein et Prof. Tilo Biedermann – Université Technique de Munich. Ses résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Journal of Allergy and Clinical Immunology.La première auteure de l’article, Jana Mehlich, a par ailleurs reçu un prix d’encouragement pour jeunes chercheurs de la part de la Société allemande d’allergologie et d’immunologie clinique (Deutsche Gesellschaft für Allergie und Klinische Immunologie, DGAKI) à l’occasion du Congrès allemand d’allergologie.

Auteur : Luxembourg Institute of Health (LIH)
Editeur : Uwe Hentschel

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