(C) Uwe Hentschel

Fernand Anton mène des recherches sur l’impact du stress sur la sensation de douleur.

Fernand Anton, vous menez des recherches sur l'impact du stress sur la sensation de douleur. Quel est le rapport entre les deux ?

Le rapport le plus manifeste, c'est ce qu'on appelle l'analgésie induite par le stress, à savoir l'effet calmant, grâce auquel la sensation de douleur est réduite de manière temporaire grâce au système nerveux. Par exemple lors d'un accident grave, une mère, même grièvement blessée, va sortir son enfant de la voiture et ignorer ses propres douleurs. Ce phénomène est connu depuis longtemps déjà, de même que les procédés physiologiques qui se mettent en place dans notre corps. Cependant, différents chercheurs ont remarqué qu'il y avait parfois des conditions dans lesquelles le stress ne favorisait pas une diminution de la douleur, mais au contraire, la renforçait.

Sur quoi portent vos recherches ?

Dans notre laboratoire, nous menons des recherches sur la douleur exclusivement et préparons actuellement une étude expérimentale qui portera aussi bien sur les animaux que sur les humains. Nous cherchons à découvrir quel est l'impact du stress à un stade précoce de la vie. Nous partons du principe qu'au cours de cette phase, de nombreuses réactions biochimiques sont déterminées pour le reste de la vie et que les êtres humains qui sont confrontés tôt au stress, y sont préparés dans leur vie future.

Cela signifie qu'une personne qui a eu une enfance stressante sera plus apte à faire face au stress par la suite ?

Pas forcément. Car trop de stress peut engendrer des problèmes de santé. Plus cette phase tardive de stress est longue et intense, plus il est probable que l'affect positif bascule et devienne négatif. La perception de la douleur est un domaine pour lequel ce phénomène est tout à fait pertinent. Ces personnes seront vraisemblablement prédisposées à des douleurs chroniques, souvent accompagnées de problèmes psychologiques comme l'anxiété ou la dépression. C'est ce point qui nous intéresse.

Comment recueillez-vous les informations sur une enfance stressante ou une phase précoce de stress ?

Sur le plan animal, nous avons déjà certaines connaissances et il est prévu de travailler à ce niveau en collaboration avec l'université de médecine de Innsbruck afin d'en apprendre plus sur le mécanisme des cellules. En parallèle, nous comptons réaliser des études complémentaires avec des êtres humains. Pour cela, nous voulons mener des expériences sur le stress et la douleur avec des personnes nées prématurément qui ont passé du temps en couveuse et qui ont donc été particulièrement exposées à des situations de stress.

Pourquoi est-il important d'établir un lien ?

Il existe des syndromes de douleurs dont l'origine reste inconnue. Par exemple, la fameuse fibromyalgie qui entraîne des douleurs continues de l'appareil locomoteur ou des troubles chroniques au niveau du dos, du bas-ventre et de l'intestin. Tous ces syndromes sont rattachés à la gestion du stress, et si ce n'est de manière exclusive, cela l'est du moins de manière déterminante.

Est-ce que la perception de la douleur peut être influencée par d'autres facteurs ?

Oui. Nous savons par exemple qu'une douleur continue sur une partie du corps s'amenuise si on s'inflige une douleur sur une autre partie du corps. Nous avons également fait une étude dans laquelle nous avons associé la deuxième douleur à une sonnerie. C'est-à-dire qu'à chaque fois que la seconde douleur permettait de réduire l'intensité de la première douleur, la sonnerie retentissait. Nous avons répété cette expérience plusieurs fois et avons finalement constaté qu'à un moment donné, seul le bruit de la sonnerie suffisait à faire diminuer la première douleur.

Qu'est-ce que cette information nous apporte-t-elle ?

On pourrait croire à une grande supercherie. Et pourtant, c'est ce sur quoi se basent les nouvelles thérapies. À partir de cette observation, il est peut-être possible de développer des programmes d'entraînement qui aideront les personnes concernées à apprendre à réduire leur sensation de douleur.

Auteur: Uwe Hentschel

Photo: Uwe Hentschel

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