FNR/Superblau
À droite: Anna Espinoza du Luxembourg Institute of Science and Technology
Anna Espinoza est une scientifique spécialisée dans l'environnement et travaille comme chercheuse principale au Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST). Elle participe à des projets portant sur la santé des sols et des solutions fondées sur la nature pour décontaminer les sols, au Luxembourg et ailleurs dans le monde.
Qui êtes-vous ? Comment vous décririez-vous ?
« En tant que chercheuse établie au Luxembourg, un pays où je me sens chez moi, je poursuis ma passion pour la recherche et accompagne les décideurs dans notre quête de réhabilitation durable des sites pollués. »
Pourquoi avez-vous choisi les sciences ou la recherche ? Y a-t-il eu un moment charnière ?
« Après avoir obtenu un diplôme technique en génie de l'environnement, j'ai découvert ma passion pour la recherche, en particulier la restauration des environnements naturels dégradés. Cet intérêt personnel a guidé mon parcours et m'a poussée à rechercher des postes en adéquation avec mes aspirations. En intégrant le groupe Environmental Policies au LIST, j'ai franchi une étape majeure vers mon objectif de contribuer à l'élaboration de politiques de protection de l'environnement. »
Qu'aimez-vous dans les sciences ? Qu'est-ce qui vous motive ?
« Ce que j'aime particulièrement dans les sciences et la recherche, c'est la capacité qu'elles ont d'unir des gens à l'échelle mondiale dans la quête du savoir, ainsi que la possibilité de travailler avec des collègues de divers horizons (sciences environnementales, sciences sociales, etc.) dans un seul objectif : améliorer la qualité de l'écosystème. C'est incroyable de voir comment elles nous unissent tous dans la quête d'une meilleure compréhension pour faire de notre monde un habitat meilleur et plus durable. Cet objectif collectif et cette volonté d'élargir nos horizons ensemble m'incitent à apporter une contribution positive à notre planète. »
En quoi votre travail consiste-t-il ?
« L'une des activités qui me tient particulièrement à cœur est d'apporter un soutien scientifique à l'Administration de l'environnement du Luxembourg pour élaborer un cadre réglementaire pour la protection des sols. L'objectif est d'intégrer la recherche scientifique dans la mise en œuvre concrète des mesures afin d'assurer la préservation des écosystèmes et de la santé humaine.
Par ailleurs, dans ma démarche pour promouvoir des technologies de remédiation et de bioremédiation durables au Luxembourg, je pilote actuellement deux projets européens (URSOILL et NATUREM). Je suis particulièrement fière du projet URSOILL, car il s'agit du premier laboratoire vivant financé par l'UE au Luxembourg dans le cadre du programme Mission sol d'Horizon Europe. »
Des solutions innovantes pour la restauration durable des sols urbains grâce aux laboratoires vivants
Le projet URSOILL, qui est financé par l'UE, a pour but de restaurer les sols en milieu urbain pour qu'ils servent de base à des villes résilientes et durables. Il a pour objectif de favoriser la participation des parties prenantes, de relier la recherche et les pratiques, d'améliorer la surveillance de la santé des sols et de permettre un déploiement dans toute l'Europe.
Cinq laboratoires vivants en Suède, en Espagne, en Italie, en Grèce et au Luxembourg vont cocréer et tester des solutions technologiques, socio-économiques et fondées sur la nature. Le projet URSOILL établira les bonnes pratiques en matière de restauration des sols urbains, tout en contribuant à faire progresser les objectifs du Pacte vert pour l'Europe et à mettre en place 100 laboratoires et phares sur la santé des sols. (Source : https://ursoill.eu/)
Anna Espinoza coordonne le laboratoire vivant au Luxembourg, dont le lancement officiel a eu lieu le 10 février 2026.
En quoi votre travail est-il important pour la société ?
« Selon les estimations de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE), plus de 500 000 décès prématurés sont imputables tous les ans à la pollution des sols. Ce chiffre ne tient compte que d'une petite partie d'agents polluants, de sorte que les effets réels sur la santé sont plus sévères. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à ces effets nocifs en cas d'exposition prolongée aux polluants.
Afin de protéger l'intégrité environnementale et la santé publique, les régulateurs doivent mettre en œuvre des politiques de lutte contre la contamination des sols. Il y a seulement quelques semaines, le Parlement européen a adopté son premier texte législatif relatif aux sols. La nouvelle directive de l'UE sur la surveillance des sols (entrée en vigueur en décembre 2025) établit le premier cadre juridique à l'échelle de l'UE pour la surveillance et l'évaluation de la santé des sols. Son objectif : garantir la santé de tous les sols à l'horizon 2050. Dans ce contexte, tous les États membres, y compris le Luxembourg, devront se conformer aux exigences de la directive, ce qui, j'en suis convaincue, améliorera sensiblement la santé des sols. »
Quels défis rencontrez-vous sur le terrain ?
« La contamination des sols est une question complexe. Chaque site pollué a ses propres caractéristiques et appelle des mesures de réhabilitation ciblées. Il est donc très difficile d'imaginer une solution universelle. »
Comment vos travaux contribuent-ils à relever ce défi ?
« L'adoption de technologies innovantes et d'approches transversales est essentielle pour garantir un avenir durable. L'évaluation des risques est la première étape pour déterminer si un site pollué est dangereux pour la santé humaine, l'écosystème et les nappes phréatiques. Si c'est le cas, il incombe au propriétaire du site de le dépolluer. Il conviendra alors de mettre en œuvre la solution la plus durable et la plus économique.
Lorsque les conditions du site le permettent, des solutions de dépollution fondées sur la nature peuvent être efficaces. J'ai moi-même été témoin de l'impact des avancées dans ce domaine. Avec mon bagage en génie de l'environnement et en sciences environnementales, j'ai participé à des initiatives qui utilisent des processus naturels comme la phytoremédiation et la bioremédiation pour restaurer des sols contaminés. »
Visionnez une courte présentation des travaux d'Anna dans sa vidéo « Spotlight on Young Researchers » :
Que faites-vous durant votre temps libre ? Parlez-nous un peu de vous.
« Ce n'est pas toujours évident de trouver le bon compromis entre travail et vie privée. C'est pourtant essentiel, et a fortiori dans le domaine de la recherche, où l'engagement personnel est assez important.
Je fais de mon mieux pour maintenir cet équilibre. Pendant mon temps libre, je profite surtout des moments avec ma famille. Ma fille de cinq ans est mon moteur au quotidien. Par ailleurs, je suis une grande amatrice de concerts de musique classique, une passion que je partage avec mon mari. J'ai aussi entrepris d'améliorer mes compétences linguistiques pour mieux m'intégrer dans le pays. Je suis donc en train d'apprendre le luxembourgeois. »
Avez-vous eu des mentors qui ont eu un impact déterminant et positif sur votre parcours ?
« Oui, au cours de mon master en génie de l'environnement, le Dr Guerrero m'a mis le pied à l'étrier de la recherche. C'était un pas décisif dans ma carrière. J'ai ensuite approfondi mes connaissances grâce au Dr Seeger et au Dr Franzetti, mes directeurs de recherche lors de mon doctorat. Leur encadrement s'est avéré absolument fondamental pour moi et m'a aidé à développer ma carrière et mes compétences de chercheuse. »
Et à l'heure actuelle, sur qui ou sur quoi vous appuyez-vous ?
« Ma famille m'a toujours poussée à aller plus loin. Avec mon mari, nous avons trouvé un bon système pour nous soutenir mutuellement dans nos carrières, sans négliger les moments pour nous en tant que famille.
Je voudrais aussi souligner que, sur le plan professionnel, mon responsable de groupe, le Dr Arno Biwer, m'a toujours énormément soutenue au sein du LIST. Il m'a permis de travailler sur mon domaine de prédilection, la bioremédiation, alors que ce champ de recherche ne figurait pas parmi les axes de travail du groupe avant mon arrivée.
Enfin, l'Administration de l'environnement du Luxembourg est aussi d'un grand soutien dans les projets que je porte. Il s'en dégage une belle synergie entre l'administration publique et la recherche, ce qui n'est pas toujours le cas. »
Photo : Anna Espinoza (à droite) et une collègue de travail (à gauche). Copyright : FNR
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui s'intéressent aux sciences ? Et que diriez-vous à la jeune fille que vous avez été ?
« Depuis que j'ai intégré le LIST, je participe tous les ans au projet Researchers at School du FNR. Et je dis toujours aux élèves désorientés ou perdus quant à leur choix de carrière : osez vous jeter à l'eau ! Vous vous dites peut-être que vous n'avez pas le bagage suffisant ou les notes qu'il faut. Mais si un sujet vous passionne, il faut y aller ! J'ai rencontré plusieurs élèves qui étaient en échec dans le secondaire (qui avaient redoublé) et qui ont fini par faire une thèse de doctorat.
Ne craignez rien, faites ce qui vous passionne et, si vous avez des doutes ou des questions, demandez conseil à vos enseignants, à vos parents, à votre entourage ou à des chercheurs. Nous sommes là pour vous aider. »
Certaines réponses de cet entretien sont tirées d'un article « Spotlight on Young Researchers » publié sur le site Web du Luxembourg National Research Fund. Cet article est disponible en intégralité ici.
Auteures : Emily Iversen et Michèle Weber (FNR)
Traduction : Nadia Taouil (www.t9n.lu)