FNR/Emily Iversen

Vidéo de la série Spotlight

Note de la rédaction : Ceci est une version traduite et légèrement adaptée d’un article initialement publié le 13 avril 2026 dans le cadre de la série d’articles « Spotlight on Young Researchers » sur le site web du Fonds National de la Recherche Luxembourg (FNR). « Spotlight on Young Researchers » a été lancé en 2016 afin de mieux faire connaître les parcours et les travaux de recherche de jeunes scientifiques du monde entier ayant un lien avec le Luxembourg.

L’insatisfaction corporelle touche plus de la moitié de la population occidentale. Une perception négative de son propre corps est souvent associée à la manière dont les femmes perçoivent leur apparence ; cependant, alors que 66 % des femmes dans les sociétés occidentales déclarent ressentir une insatisfaction corporelle, 52 % des hommes sont également concernés. Cela peut entraîner de graves maladies mentales et des taux de mortalité élevés en raison du succès limité des traitements. Des chercheurs de l’Université du Luxembourg explorent l’utilisation de la réalité virtuelle pour aider les personnes concernées.

Johannes Günter Herforth (links) et Fiammetta Zanetti (rechts) lors de leur travail de recherche à l'Université du Luxembourg. 

La réalité virtuelle comme outil puissant en santé mentale

« La recherche a considérablement fait progresser notre compréhension de la manière dont une image corporelle déformée et une perception sensorielle altérée contribuent aux troubles alimentaires. Au cours de la dernière décennie, la réalité virtuelle (VR) s’est imposée comme un outil puissant en santé mentale, utilisé pour simuler de manière sûre et efficace des situations difficiles de la vie réelle. Les premières études montrent qu’incarner des avatars en VR peut modifier la manière dont les personnes perçoivent leur corps — en réduisant les distorsions et l’insatisfaction », expliquent les chercheurs Fiammetta Zanetti et Johannes Günter Herforth de l’équipe VRBIAS de l’Université du Luxembourg, qui se concentre sur le développement et l’évaluation d’une Virtual Reality Body Image Intervention and Assessment Suite (VRBIAS).

De telles avancées ont ouvert la voie à de nouveaux traitements, fondés sur une approche plus interactive et engageante, qui semblent prometteurs pour être plus efficaces que les méthodes traditionnelles.

Notre travail s’appuie directement sur ces innovations afin de faire progresser encore davantage les efforts de traitement et de prévention. Nous développons un outil innovant de réalité virtuelle qui aide les personnes à mieux comprendre leur corps et à renouer avec lui. En combinant la psychologie avec des technologies de pointe, nous visons à proposer des solutions immersives, accessibles et fondées sur la science pour répondre à ce problème sociétal croissant et améliorer les résultats en matière de santé mentale.

Fiammetta Zanetti et Johannes Günter Herforth, Université du Luxembourg. 

Fiammetta Zanetti au travail. 

Une plateforme de réalité virtuelle et des applications psychothérapeutiques basées sur la VR

Fiammetta Zanetti est neuroscientifique et travaille à la conception et à l’évaluation d’une plateforme de réalité virtuelle visant à améliorer l’évaluation et le traitement des troubles alimentaires. Johannes Günter Herforth est informaticien et étudie des outils et techniques destinés à renforcer la présence de l’utilisateur ainsi que l’identification à soi-même dans des applications psychothérapeutiques basées sur la VR.

Le duo explique que le plus grand défi consiste à transposer des interventions prometteuses développées en laboratoire dans la pratique clinique réelle. Malgré des premiers résultats encourageants, de grandes études sont nécessaires pour confirmer les effets à long terme et déterminer comment ces outils peuvent être intégrés dans les traitements de routine.

Fiammetta Zanetti et Johannes Günter Herforth lors de l'analyse de données. 

Un autre obstacle réside dans le coût élevé de la technologie VR, auquel s’ajoutent le manque d’outils standardisés entre les études et la nécessité d’une collaboration interdisciplinaire.

Nous continuons également à élucider les mécanismes neurobiologiques précis qui sous-tendent les troubles de l’image corporelle. C’est essentiel pour concevoir des interventions véritablement efficaces et ciblées, qui fonctionnent pour des personnes et des contextes cliniques variés.

Fiammetta Zanetti et Johannes Günter Herforth, Université du Luxembourg. 

Recherche de participants à l’étude

L’objectif de l’équipe est de développer la plateforme en étudiant systématiquement les composantes clés de l’incarnation, qui jouent un rôle central dans l’efficacité de l’intervention.

La première étude s’est concentrée sur la manière dont le réalisme d’un avatar influence l’engagement des utilisateurs. Les résultats de cette phase ont guidé la conception d’une deuxième étude améliorée sur le plan technique.

Fiammetta Zanetti et Johannes Günter Herforth, Université du Luxembourg. 

L’équipe VRBIAS commencera bientôt à collecter des données pour sa prochaine expérience et recherche des participants.

Participant à l'étude. 

Fiammetta Zanetti, MSc et Johannes Günter Herforth, MSc sont doctorants au sein de l’équipe VRBIAS de l’Université du Luxembourg, dirigée par les Dr Annika Lutz et Dr Jean Botev. Découvrez-en davantage sur leur recherche dans l'encadré ci-dessous.

FIAMMETTA ZANETTI, NEUROWISSENSCHAFTLERIN

Quel est l’objet principal de votre recherche ?

« Ma recherche contribue au développement et à l’évaluation d’une plateforme de réalité virtuelle qui nous aide à comprendre comment les personnes perçoivent leur corps et comment cette perception peut être modifiée. En expérimentant différentes représentations du corps et différentes perspectives, nous recueillons des données détaillées sur la manière dont les utilisateurs réagissent sur les plans émotionnel, physique et comportemental. Cela permet d’affiner les théories psychologiques relatives aux troubles de l’image corporelle et aux troubles alimentaires. En parallèle, nous développons un outil qui pourrait être utilisé en thérapie, en comblant une lacune des traitements actuels grâce à un ciblage direct de la distorsion de l’image corporelle d’une manière nouvelle et immersive. »

Qu’est-ce qui vous motive en tant que scientifique, et où vous voyez-vous dans cinq ans ?

« Ce qui me motive, c’est la conviction que la science peut susciter de véritables changements. La santé mentale reste entourée de stigmatisation, et personne ne devrait souffrir en silence. Participer à une recherche qui contribue à réduire cette souffrance est un privilège. Dans cinq ans, je me vois dans le milieu académique ou dans l’industrie — je ne me fixe pas de limites. Ce qui compte le plus, c’est de continuer à faire un travail porteur de sens et à sensibiliser à la santé mentale. J’aime le fait que la science ne reste jamais immobile : elle nourrit constamment ma curiosité. Chaque jour apporte de nouvelles questions, de nouvelles idées et la possibilité de travailler avec des personnes inspirantes. La recherche ne consiste pas seulement à trouver des réponses ; elle consiste aussi à grandir, à créer des liens et à contribuer à façonner un avenir meilleur pour toutes et tous. »

Sur sa recherche, Peer-to-Peer

« VRBIAS développe et évalue une plateforme basée sur la réalité virtuelle pour évaluer et traiter les troubles de l’image corporelle, en s’appuyant sur des modèles psychologiques et neurobiologiques des troubles alimentaires. Elle combine des mesures comportementales, psychophysiologiques et neurocognitives, notamment des potentiels évoqués par les battements cardiaques et des illusions multisensorielles visant à induire l’incarnation. Nous examinons des variables telles que le réalisme de l’avatar, la perspective de visualisation et le sentiment d’agence afin d’améliorer l’efficacité de l’intervention. La plateforme permet une évaluation dimensionnelle de la distorsion et de l’insatisfaction liées à l’image corporelle, à la fois en VR et dans la vie réelle. En intégrant des technologies de pointe à une conception guidée par la théorie, VRBIAS vise à soutenir la recherche, le diagnostic clinique et les interventions pour des troubles tels que l’anorexie mentale et le trouble dysmorphique corporel. »

JOHANNES GÜNTER HERFORTH

Quel est l’objet principal de votre recherche ?

« Ma recherche porte sur une série de défis complexes, qui exigent tous une grande prudence en raison des considérations inhérentes à la protection de la vie privée liées au corps humain. Notre objectif principal est de recréer l’expérience humaine dans des environnements virtuels, en procurant la sensation de s’identifier à sa propre représentation sous forme d’avatar et en permettant d’aborder des questions relatives à l’image corporelle. Pour créer des représentations réalistes, une part importante de la recherche se concentre sur le développement de techniques visant à maximiser le réalisme, sans prendre en compte d’autres facteurs liés à l’accessibilité. »

« À l’inverse, nous nous demandons dans quelle mesure le réalisme est important et nous nous concentrons sur des effets comparables, tout en tenant compte de la protection de la vie privée, de l’utilisation de l’espace, des coûts et de la scalabilité, afin de garantir l’inclusivité et l’accessibilité. »

Qu’est-ce qui vous motive en tant que scientifique, et où vous voyez-vous dans cinq ans ?

« Si j’ai vu plus loin, c’est en me tenant sur les épaules de géants. » (Isaac Newton)

« Ce qui me motive le plus, c’est de savoir que mon travail est public et applicable à de nombreux domaines. Quels que soient les résultats de vos expériences, vous contribuez à un réservoir public de connaissances dans lequel chacun peut apprendre de votre expérience, l’améliorer et transmettre de nouvelles connaissances. Dans cinq ans, je ne me vois dans aucun autre environnement. »

« Ce que j’aime dans la science, c’est son aspect collaboratif — non seulement avec sa propre équipe, mais aussi avec l’ensemble de la communauté scientifique. On peut poser des questions originales, développer des méthodes, puis discuter de son travail dans ce cadre commun. Grâce aux idéaux de liberté académique et d’ouverture, votre travail peut même contribuer à résoudre d’autres problèmes dont vous ignoriez l’existence. »

Sur sa recherche, Peer-to-Peer

« Comme nous nous concentrons sur des applications psychothérapeutiques, nous sommes amenés à réfléchir en profondeur à l’approche interdisciplinaire entre l’informatique et la psychologie. La faisabilité technique à elle seule ne suffit pas lorsque la recherche implique de vraies personnes et des contextes sensibles. C’est pourquoi nous travaillons sur des techniques de création d’avatars qui permettent des ajustements phénotypiques — en modifiant des paramètres tels que la taille, la largeur des épaules, la largeur des hanches, etc. — tout en nous concentrant moins sur le scan du corps lui-même. Des corps d’avatars très réalistes peuvent même avoir des effets indésirables, proches de l’effet de vallée dérangeante. Nous devons donc trouver le juste équilibre entre le réalisme et le sentiment général de contrôle d’un avatar virtuel. »

Auteurs: Fiammetta Zanetti und Johannes Günter Herforth (Universität Luxemburg)
Éditeur: Emily Iversen (FNR)
Vidéo et photos: Emily Iversen (FNR) 
Traduction: Michèle Weber (FNR)

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