(C) Flickr - Alan Cleaver

Nul doute sur le fait que notre vision de la réalité est quelque peu biaisée par nos soirées devant NCIS ou toute autre série policière, cependant saurions-nous dire en quoi ? De la chimie à la physique en passant par la biologie, les experts de la police scientifique et technique Grand-Ducale font appel à de multiples domaines pour mener à bien leurs analyses. Mais, quelles sont-elles ?

 

Au Luxembourg, une distinction est faite entre la police technique qui va se rendre sur les lieux et la police scientifique en charge de l’analyse des échantillons prélevés en laboratoire. Tout comme dans le monde de la recherche, il existe plusieurs grands domaines d’expertise. Les agents peuvent ainsi être spécialisés en balistique, dans l’identification de traces digitales ou de semelles et outils. Moins connue du grand-public, l’expertise de documents dans le cadre, par exemple, de fausses signatures est aussi primordiale, de même que la photographie des objets.

A l’occasion du Science Festival (7 au 10 Novembre 2019), la police scientifique et technique Grand-Ducale a besoin de jeunes scientifiques en herbe pour lever le voile sur un auteur d’un crime ! Révèle les traces digitales laissées par le criminel et compare-les aux empreintes digitales des suspects. Il te sera aussi possible de prendre ta propre empreinte ou encore de découvrir les différents domaines de la police scientifique !  

Du terrain au laboratoire, place à la méthode scientifique 

Criminalité grave, incendie, mort suspecte, viol, cambriolage, ou même accident du travail, les contextes pour lesquels l’autorité judiciaire pourra demander la présence de la police technique sur les lieux sont extrêmement variés.

La réalité du terrain : éviter tout biais dans l’enquête 

De même que lors d’une recherche scientifique, l’objectivité est primordiale pour garantir des résultats fiables. Ainsi, les agents travaillent toujours à charge et à décharge. Cela signifie qu’ils collectent et analysent des preuves pouvant accabler (à charge) comme disculper (à décharge) un suspect.

« Quand on pense aux séries américaines, les gens arrivent sur les lieux bien habillés et maquillés, mais la réalité est loin de ça ! Nous travaillons systématiquement avec beaucoup de protections pour éviter la moindre contamination.», explique Chloé Lucius, cheffe de section à la police scientifique du service de police judiciaire au Luxembourg. Dans la réalité, les experts revêtent charlotte, masque, gants et combinaison blanche intégrale pour éviter de laisser la moindre trace sur les lieux à étudier.

Tandis que les acteurs semblent emballer un objet ensanglanté comme nous empaquetons nos courses, les experts de la police technique assurent méticuleusement la traçabilité de chaque pièce. Un point essentiel pour garantir la fiabilité de chaque pièce, et ce, depuis le prélèvement jusqu’à la manipulation en laboratoire. Les agents présents sur la scène procèdent en effet à une documentation complète des lieux à l’aide de photographies et croquis. Ils se chargent ensuite de l’énumération, de la description et du prélèvement des traces digitales (p.ex. doigts ou paume), génétiques (ADN) ou biologiques (p.ex. sang ou sperme), ainsi que des objets (p.ex. vêtement, arme ou papier). Des informations sur la nature du prélèvement et son exacte localisation sur la scène accompagnent chaque élément référencé. Arrivés au laboratoire, ces éléments sont examinés un a un et photographiés avec une grande précision avant tout traitement en laboratoire qui pourrait les modifier.

Le laboratoire : des analyses à l’interprétation des résultats

« La rapidité dans les séries est non représentative de la réalité. Dans le cadre d’une affaire de meurtre par exemple, cela nous prend plusieurs semaines voire des mois pour toutes les exploitations. », explique Chloé Lucius. En plus des analyses, la police scientifique est en charge de la rédaction d’un rapport pour l’autorité judiciaire et l’enquêteur. De la même manière qu’une publication de recherche, les objets traités ainsi que les techniques et le matériel utilisés pour réaliser les analyses sont renseignés. Les résultats obtenus sont ensuite exposés et interprétés. « Nous donnons une certaine direction aux magistrats, mais nous n’irons jamais au-delà des résultats obtenus. Par exemple, pour un objet avec une trace digitale, nous pouvons dire que d’après les analyses que nous avons faites, il se peut que l’auteur ait fait telle ou telle chose. », détaille Chloé Lucius.   

Révéler les traces digitales à l’aide de procédés physico-chimiques

Pour pouvoir révéler des traces digitales sur un objet, la police scientifique identifie tout d’abord sa nature : poreux, non poreux, graisseux, adhésif, etc. Une fois déterminée, les experts connaissent ses propriétés physico-chimiques et, ainsi, quelles substances utiliser. 

 

Sur des supports poreux, comme une feuille de papier ou du carton, il est possible de retrouver des acides aminés. Ces composés organiques sont sécrétés par les pores de nos mains. Dans ce cas de figure, les scientifiques peuvent pulvériser de l’indanedione. Cette substance réagit chimiquement avec les acides aminés et révèle par fluorescence les traces digitales. 

Traces digitales révélées avec l’indanedione. G : en couleur D : en noir et blanc

Une autre technique courante est la fumigation au cyanoacrylate, qui consiste à vaporiser un objet de colle dans une chambre de fumigation. Elle est utilisée sur les supports non poreux comme les sachets en plastique ou les armes à feux. « Les vapeurs de colle réagissent chimiquement avec les sécrétions de matière graisseuse laissées par nos mains sur l’objet. Les traces digitales se révèlent alors grâce à une polymérisation de la colle sur ces sécrétions. », détaille Chloé Lucius. 

Trace digitale révélée par fumigation au cyanoacrylate

Le point entre trace et empreinte. Une trace est forcément recherchée et révélée sur les lieux de l’enquête. Elle n’est pas forcément complète et son origine inconnue. Une empreinte est prélevée volontairement sur une personne. Il peut s’agir d’un suspect ou d’une victime. 

Des tests biomédicaux au service de la police scientifique

Plusieurs tests préliminaires utilisés par la police scientifique, tels que ceux pour la détection de sang humain, sperme, urine ou salive, proviennent directement du milieu médical. A titre d’exemple, le test OBTI est un test biologique qui va permettre d’identifier si le sang est de nature humaine ou non. « Ce test très simple et rapide fonctionne comme un test de grossesse. Nous aurons deux barres si c’est positif et une seule si c’est négatif. », détaille Chloé Lucius.

De la trace d’ADN à l’empreinte génétique

L’empreinte génétique – ou profil ADN - est un outil qui a révolutionné les méthodes d’investigation de la police en rendant possible l’identification d’un auteur de crime de manière scientifique et avec une très grande fiabilité. En effet, l’ADN est une macromolécule (ou acide nucléique) qui contient toutes les informations essentielles au fonctionnement de notre corps sous la forme d’un grand livre rédigé par des combinaisons entre 4 lettres : ACGT. Bien que nous disposions de beaucoup de chapitres d’ADN similaires, quelques-uns nous sont propres. Lorsqu’une trace ADN est retrouvée sur une scène de crime, les experts s’intéressent ainsi aux chapitres uniques de la macromolécule. Ils les comparent avec la base de données préexistantes ou avec le profil ADN d’un suspect, à qui ils ont préalablement prélevé de l’ADN via sa salive ou ses cheveux par exemple. 

Les activités de recherche de la police scientifique Grand-Ducale

Les membres de la police scientifique Grand-Ducale ne se cantonnent pas à l’analyse d’objets, mais aussi à des activités de recherche en vue d’améliorer des techniques existantes ou de développer de nouvelles méthodes. Ils ont d’ailleurs mis en place une nouvelle méthode qui n’était pas employée à l’échelle nationale comme internationale. « Nous avons mis en place une méthode pour la détection des traces de sang par le peroxyde d’hydrogène - ou eau oxygénée. C’est une technique très simple, mais peu de personnes y avaient pensé avant. », explique Chloé Lucius. Le peroxyde d’hydrogène permet de révéler des traces de sang qui ne sont visibles ni à l’œil nu ni par infrarouge du fait de leur petite taille. Pulvérisée sur des supports tels que des vêtements foncés, l’eau oxygénée va former une petite mousse au niveau des traces de sang. 

Révélation des traces de sang sur un tissu foncé par pulvérisation de peroxyde d’hydrogène.

En activité depuis seulement trois ans, ce service de recherche prometteur est encore en pleine expansion et organisation. « Le domaine de la recherche présente un intérêt réel et important dans nos activités. Nous souhaitons poursuivre dans cette voie et publier les résultats de nos recherches. », conclut Chloé Lucius.

 

Photo : (C) Flickr - Alan Cleaver & Police scientifique Grand-Ducale
Auteur : Constance Lausecker

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